© Marina LAURENT

Festival BéDécibels 2013 avec Khris-Léo

BD - 16/06/2013 - 0 Comments

Petit focus sur le festival BéDécibels d’Antibes auquel j’ai participé grâce à Khris-Léo. Je n’y étais pas comme auteur, puisque je n’ai pas encore édité de BD (l’avancement de mes planches traîne un peu o_O), mais j’y étais comme accompagnatrice et pour moi c’est découvrir un autre monde. Je connais le travail de dessinateur mais participer à un festival et être derrière la table c’était une première.

Khris-Léo est un auteur “timide”, enfin, c’est ce qu’il dit. Si vous venez le voir, vous allez vite vous apercevoir qu’il n’est pas si timide que ça. En feuilletant quelques pages de ses BD, vous découvrirez des histoires décalées sur fond de philosophie avec une pointe d’humour. Les yeux qui pétillent et le sourire aux lèvres, c’est ainsi que j’ai suivi Khris-Léo pendant deux jours.

Nous voilà entourés du club BDmonAZUR (Mata, Kristian et kastor) et des éditions Keribencyla (La Luciole Masquée et Joël Cimarrón) nos plus proches voisins sur ce festival. Des auteurs et illustrateurs bien sympathiques qui ont su écouter les chants improvisés de Khris-Léo interprétant Albator en version japonaise. Je note au passage que je suis fan d’anime, et je n’ai pas pu résister à l’achat du flipbook*PopeyBoy” dédicacé par Joël Cimarrón. frfrrshh…. Whaaa, trop class’

popeyboy

 

Les premiers lecteurs passent, regardent, lisent des extraits et achètent leurs albums favoris. D’autres attendent impatiemment l’heure des dédicaces. Dans tous les cas, les auteurs partagent avec plaisir leur travail et les fans sont ravis.
La BD ce n’est pas qu’un livre fini qu’on range dans sa bibliothèque une fois lu. Il y a tout un travail en amont. La salle d’exposition de l’espace du Fort Carré nous le rappelle. Les storyboards* des BD de Marc Moreno (Le régulateur), de David Sala (Cauchemar dans la rue), de Jürg (Ziyi), d’Aurélie Neyret (Les carnets de Cerise) et d’autres encore y étaient exposés. On y découvre la façon de travailler des artistes et les médiums utilisés. Certains n’ont pas hésité à exposer leurs peintures à côté de leurs planches.
J’ai assisté à l’atelier de sérigraphie artisanale proposé par Les Mains Sales. Il était possible d’imprimer sur textile ou papier, d’après les dessins de Marc Moreno et Guillaume Bouzard.

Ce festival, c’est aussi l’occasion de revoir des gens qu’on avait perdu de vu, comme Ollivier Lagrange, auteur local qui édite une BD sur l’histoire de l’OGC Nice. Ou de faire des rencontres inattendues, comme celle de Zack Herr Mann, un artiste que je vous laisse découvrir ici.
Sans oublier que BéDécibels c’est aussi des concerts!

 

 

  Talents ∟ Khris-Léo 

A peine sortie des couches culottes, Khris-Léo avait déjà dessiné sa première BD intitulée “Le Poisson des Mers”. Grâce au bon soin de sa maman, il a pu bien des années plus tard, la mettre en page et l’éditer. Les fans sont ravis, et les petits aussi!
Mais bon, non, Khris-Léo ne dessine pas que des poissons. Ses BD principales tournent autour de l’univers “Altèr Armonik” édité sous le nom “d’Altèr Comics”. Ce sont des BD écrites sous forme de comic book où l’on peut découvrir et voir évoluer des personnages comme l’éternel Grodidèr ou Rodolphe Pinard le philosophe. Le dessin ne ressemble pas aux comics que vous êtes habitués à voir, du style Marvel. Vous y trouverez un dessin aux lignes franches, précises et délicates avec ce qu’il faut de détails. Et les ombres sont posées par touches.
Dans ce continuum espace-temps, les aventures les plus décalées mais aussi les plus touchantes vont se produire. Inspiré par notre société, Khris-Léo crée nos héros. Quelques albums sortent du lot, comme “Les Confessions Hermétiques” ou “Harmonie”. Des albums plus intimistes et plus poétiques.

Pour mieux connaître cet auteur étonnant, je lui ai posé quelques questions:

 

Marina: Quel matériel utilises-tu?
Khris-Léo: Généralement j’utilise un crayon HB pour le crayonné des planches de BD. Je fais mon encrage avec un stylo feutre stabilo OHPen universal S pour les traits très fin, F pour les traits épais et M pour certains aplats. Je colorise avec des encres de chine aux couleurs primaires (bleu, rouge, jaune). Je fais mes mélanges à partir de ces couleurs. Et j’utilise l’encre noir pour le remplissage. Le tout avec un pinceau petit gris taille 10, ça m’évite de changer de pinceau. Il m’arrive, quand je suis pressé, d’encrer directement au feutre sans faire de crayonné.

 

Quelle est ta formation?
J’ai créé ma première BD à 3 ans (“Le Poisson des Mers”) puis j’ai continué les années suivantes. Au lycée j’ai pris l’orientation philosophie-lettres, lettres-arts, arts plastiques. Mon ambition à ce moment, était de rentrer dans une école d’Angoulême mais en découvrant la philosophie, je m’y suis passionné. J’ai voulu prendre une année sabbatique qui finalement à durée dix ans. Dix ans pendant lesquels j’ai écrit des textes philosophiques qui demeurent en manuscrit, je ne les ai jamais publié. Je suis ensuite revenu à la BD en autodidacte et en y intégrant de la philo.

 

Te sers-tu de l’art numérique dans tes BD?
J’utilise l’art numérique principalement pour faire des retouches sur les dessins initialement fais à la main. Ou alors je rajoute certains effets, par exemple si j’ai besoin d’un dégradé. J’ai eu fait des mises en couleur avec l’art numérique mais la plupart sont faites au pinceau. Pour l’instant je suis beaucoup plus lent avec l’art numérique qu’au pinceau, alors ça me décourage un peu (rire).

 

Quelle est ta méthode de travail?
Principalement, j’ai l’idée du scénario, que je note quasiment pas, qui est dans l’esprit. De temps en temps je note des petits morceaux mais pas grand chose et puis je travaille mes planches de BD dans l’ordre où j’ai la motivation, pas forcément l’ordre chronologique. Je fais le crayonné de la page, je l’encre et après l’avoir encré, quand il y a des défauts, je barre ces défauts sur l’originale. Avant je mettais du blanco mais j’ai vu que ça devenait vite dégueulasse, alors maintenant je scanne et avec le traitement numérique je supprime ce qui est à supprimer.

 

Quels sont tes premiers travaux?
Le premier qui a eu un impact auprès des lecteurs c’est l’Interrupteur. C’est à l’époque où j’étais encore scolaire. J’avais fait au crayon dans un cahier le storyboard de cette BD qui m’a été inspirée assez rapidement. J’ai commencé à dessiner les premières planches en 1991, mais j’ai vite été un peu pétrifié par la charge de travail que j’ai senti. Finalement j’ai un ami qui s’est proposé de continuer le dessin d’après mon scénario. Il a aussi retouché les premières planches que j’avais dessiné et on a édité la BD sous forme de photocopie. On l’a pas mal diffusé, il s’en est écoulé 200 exemplaires. Nous avons eu beaucoup de bon retour pour cette BD. Mais le dessinateur n’a pas voulu continuer dans cette voie et ne voulait pas que je réédite la BD telle qu’elle était. Il s’est écoulé 20 ans depuis le scénario original de l’Interrupteur et comme ça m’était demandé la suite depuis longtemps, je me suis pris à faire la suite tout seul.

Après 20 ans, faire la suite sans rééditer le premier épisode, ce n’était pas pensable, alors pour les 20 ans j’ai commencé à redessiner ce premier épisode, tout seul comme un grand (rire). Finalement je me suis laissé emporter par l’inspiration. Donc ce qui était initialement un épisode (le Tome 1), en sera plusieurs maintenant. Dès que j’ai fini de redessiner le Tome 1, je m’attaque à la suite. Elle est écrite depuis 20 ans sous forme de storyboard, c’est comme ça que j’écrivais. Après l’Interrupteur, la première BD que j’ai vraiment fait seul, ça a été les Confessions Hermétiques, c’est juste après avoir fini mes écrits philosophiques. A ce moment là j’avais hâte de publier une BD mais je n’avais pas grand chose de fini. J’ai fait une compilation de plusieurs histoires courtes, de plusieurs dessins, de photographies et d’art abstrait, le tout réuni dans cet ouvrage qui a été qualifié d’ovni de la littérature graphique dans la presse (rire). Je suis assez content des Confessions Hermétiques. C’est censé me présenter mais les informations données sont à interpréter, elles sont hermétiques, c’est donc des confessions hermétiques.

 

Quels sont tes projets en cours? A venir?
Ils sont multiples! Je veux principalement développer la ligne Altèr Comics. Cette saga qui se passe sur une réalité alternative qu’on peut dire qui précède la notre, puisque je montre dès le début que plusieurs personnages sont téléportés dans le passé par de mystérieux expérimentateurs pour lesquels les terriens sont des rats de laboratoire. Le déplacement dans le passé de ces personnages altère le continuum espace-temps, à tel point que ça crée une nouvelle réalité, la notre. C’est un projet très ambitieux, qui demande beaucoup de travail et j’aimerais mieux le développer. Je compte évidemment continuer l’Interrupteur. Et aussi une série annexe à l’Interrupteur, qui s’appelle Harmonie. Cette série sera sous forme méta-littéraire dans le sens où le récit commence sous une forme littéraire pour se prolonger sous forme de bande dessinée pour revenir ensuite à de la littérature puis à la bande dessinée encore. Et donc le passage d’une forme à l’autre, j’appelle ça de la méta-littérature.
Après effectivement il y a les projets sur des vidéos que je poste sur youtube. Qui sont un peu comme des petits gags de bande dessinée mais en vidéo. Je m’y improvise acteur sous la direction de mon ami Kris Mura qui réalise la plupart des vidéos. Sinon certaines vidéos sont des dessins animés que j’ai réalisé. Et là je compte développer aussi cette idée du dessin animé. Notamment j’aimerais bien faire du Altèr Comics en dessin animé mais c’est un projet TRÈS ambitieux. Et effectivement, je suis chanteur et j’écris des chansons depuis très longtemps, depuis tout petit. Parce ce que quand j’étais tout petit, que j’avais créé mes personnages – dont le héro principal d’Altèr Comics, Grodidèr – je jouais dans la cours de l’école à Grodidèr. Avec mes amis qui étaient contents qu’au lieu de jouer à Albator, avec moi, on jouait à Grodidèr, je chantais le générique pour lancer l’épisode. Bon, le générique d’aujourd’hui n’est plus le même mais j’ai écrit un nouveau générique de Grodidèr et donc j’ambitionne de composer les musiques de mes chansons et d’enregistrer mes chansons que j’ai écrites et que je chanterais. Dont la chanson de Grodidèr et d’autres chansons qui sont plus détachées de mes productions BD. Un autre projet à venir j’espère, c’est d’enfin publier mes livres de philosophie.

Comment définis-tu ton style?
Je pense que dans la totalité de ma productivité, on peut dire que je suis un auteur alternatif dans la mesure où je ne m’inscris dans aucun courant particulier ou alors je mélange plusieurs courants. Et en plus je mélange plusieurs genres artistiques ou plusieurs genres créatifs puisque c’est vrai qu’il y a aussi la philosophie.

 

Quelles sont tes influences?
Ma principale influence que je revendique dans la BD c’est Hugo Pratt. C’est l’artiste dans lequel je me retrouve le plus. Mais c’est vrai que certains on relevé des ressemblances dans mes dessins avec ce que faisait Fred. Je n’ai plus lu du Fred depuis longtemps mais j’en lisais longtemps avant de devenir passionné d’Hugo Pratt et finalement en feuilletant des albums de Fred recemment, je me suis dit: “c’est vrai qu’il y a des ressemblances”. Il reste des choses inconsciemment. Je réalise aussi que je lisais du Tintin et qu’on peut voir des similitudes avec les travaux en noir et blanc d’Hergé. Mais voilà, ça faisait tellement longtemps que je ne regardais plus tout ça que je ne me suis pas rendu compte qu’il restait des traces dans mon travail. En même temps, maintenant je lis beaucoup de comics et forcément ça m’inspire, notamment par la mise en scène des comics qui est plus dynamique que celle d’Hugo Pratt. Et la formule Altèr Comics m’a beaucoup été inspirée par le genre comic book.
Pour parler de la philosophie qui fait aussi partie de mes BD, le philosophe qui m’a le plus parlé à l’époque où j’étudiais c’est René Descartes. Je suis parti de ma lecture du “Discours de la méthode” et des “Méditations métaphysiques”. À partir de là je suis devenu cartésien. À force d’écrire et d’écrire en autodidacte, même si je suis parti de la base cartésienne, j’ai fini par développer des orientations qui s’en détournaient. Donc finalement je suis aujourd’hui un post-cartésien, j’ai créé une doctrine qui est la mienne et qui n’est plus celle de Descartes.
J’ai aussi découvert des ressemblances dans mes travaux avec ce que faisait Leiji Matsimoto dans Albator, plus connu au Japon sous le nom de Captain Harlok. Avec le recul, en le relisant maintenant je me rends compte que j’ai aussi été influencé malgré moi. Je suis devenu un vrai passionné de Leiji Matsumoto au point d’aller apprendre en japonnais les chansons de certains de ses animés, dont voici un échantillon.

 

lecteur-audio

Titre du générique d’ouverture de Mugen Kido SSX 99 (Albator 84 en français): Ore Tachi No Funade
Auteur: Kôgo Hotomi
Compositeur: Shunsuke Kikuchi
Mangaka: Leiji Matsumoto
Version chantée par Khris-Léo

 

Découvrez Altèr Comics ici

Le site de l’auteur ici.

 

 

  À voir 

Sous les bulles, l’autre visage du monde de la bande dessinée” documentaire de Maiana Bidegain.

 



flipbook*: c’est un petit livre d’images que l’on feuillète à la main à une certaine vitesse pour donner l’impression de mouvement. C’est le principe de base du dessin animé.
storyboard*: il est très utilisé pour les films, la publicité ou les dessins animés. Il a néanmoins son rôle dans la bande dessinée. Le storyboard sert essentiellement à placer les éléments sur la planche et à esquisser l’histoire (agencement des cases, des bulles, parfois noter des indications de couleurs…). Grâce à ces indications, on pourra modifier certaines scènes avant de dessiner la planche finale.

 

Télécharger le programme BéDécibels 2013

 
 
 

 

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